TIC, développement et entrepreneuriat

Publié le par Gabriel Dacko

Claude K. Migisha

Les TIC sont des outils de développement, mais qui ne s’épanouiront qu’à partir du moment où de petites start-ups technologiques pourront se développer et créer de l’emploi. La technologie ne suffit pas, mais il ne faut pas avoir peur du marché.

Le développement prend un sens nouveau dans de nombreux pays ACP, où les sociétés de logiciels et de matériel informatique profitent d’une forte demande d’appareils, de l’arrivée du haut débit et de portables à un prix abordable. L’Afrique subsaharienne compte aujourd’hui plus de 35 pôles technologiques où se forme et s’inspire une nouvelle génération d’entrepreneurs qui crée des plates-formes web, des apps et des jeux pour téléphone portable, qui fait financer ses projets par un large public d’internautes et qui imagine de nouveaux services et moyens d’information pour l’ensemble de la population. Son activité attire les investisseurs internationaux et permet d’améliorer l’efficacité des filières et de la production agricoles. Pour cette génération, le développement ne se limite plus à conjurer la pauvreté et de piètres infrastructures. Il passe par des programmes informatiques, des apps et surtout par des opportunités nouvelles.

Nous assistons à une pénétration rapide et remarquable d’Internet sur le continent africain. Plus les infrastructures se multiplient et plus la technologie se répand, plus il y a d’entrepreneurs prêts à s’en servir pour résoudre les problèmes locaux. Ils créent pour ce faire des environnements porteurs : les pôles technologiques. L’Occident n’a plus le monopole des avancées technologiques ; l’Occident et l’Asie ne constituent plus le marché de croissance privilégié des TIC. Il semble que les Africains apprécient les nouvelles technologies dans leur métier au quotidien.

Manque de compétences commerciales

Je suis convaincu que l’avènement des start-ups TIC est tributaire d’un environnement favorable. J’entends par là une pépinière qui les finance, les accompagne et leur donne une chance de développer leurs idées. La plupart des développeurs ont du mal à muer leurs idées en produit commercial. Un technicien inventif et compétent est rarement un vendeur ou un homme d’affaires dans l’âme. Si je prends l’exemple de mon pays, le Rwanda, nous avons une initiative appelée The iHills Network. C’est une association de start-ups technologiques qui veut inciter les jeunes à devenir entrepreneurs, à créer des sociétés robustes et à acquérir des compétences interpersonnelles et donc faciliter la création d’emplois dans le secteur technologique rwandais. Les entrepreneurs en TIC ont les compétences techniques, mais pas les compétences commerciales indispensables.

The iHills apprend aux jeunes entrepreneurs à commercialiser leurs produits basés sur les TIC ou à trouver des financeurs d’idées. En dix mois, 15 petites sociétés technologiques ont rejoint le réseau pour commercialiser leurs concepts. Et pas seulement dans l’e-commerce urbain. Le Rwanda et la majeure partie de l’Afrique se fondent sur une économie rurale ; 80 pour cent de la population rwandaise vit dans des zones rurales. C’est aux problèmes les plus courants des ruraux qu’il s’agit donc d’apporter des solutions créatives et innovantes. Au sein du réseau des jeunes entrepreneurs en TIC de Kigali, nous avons décidé d’organiser des rencontres mensuelles avec des communautés rurales pour déterminer leurs problèmes les plus courants. Ensemble, nous trouvons ensuite des solutions créatives et nous développons de nouvelles technologies.

Bien que les créatifs africains songent généralement à du logiciel quand ils parlent d’innovation, nous pensons que l’aspect matériel ne doit pas être négligé. Le développement du matériel se heurte toutefois à deux obstacles : le réseau électrique, où beaucoup reste à faire sur le continent, et le prix de la qualité, qui reste élevé pour des PME. L’utilisation de matériel bon marché n’est cependant ni durable, ni rentable à cause du coût d’entretien et de la faible longévité.

Les TIC sont des outils de développement, mais qui ne s’épanouiront qu’à partir du moment où de petites start-ups technologiques pourront se développer et créer de l’emploi. D’où l’importance du volet commercial. La technologie ne suffit pas, mais il ne faut pas avoir peur du marché.

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Claude K. Migisha est co-fondateur de The iHills Network, et membre fondateur de kLab, le premier espace technique d’innovation et de collaboration du Rwanda. Il est co-fondateur de Noble Click Ltd,une entreprise locale de solutions web et mobiles à but lucratif ou non lucratif. Il est également technologue chez Jhpiego/Rwanda Office et a reçu en 2011 le prix ITU Global Digital Innovator.

 

Article original publié sur : http://ictupdate.cta.int/fr/Regulars/Editorial/TIC-developpement-et-entrepreneuriat

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